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Le silence est une voie navigable

Depuis que j’ai terminé la lecture de Le silence est une voie navigable de Catherine Fortin, les mots de la poète m’habitent, un peu comme un paysage qui imprègne l’âme tant il nous émeut.

Divisé en trois, le recueil s'ouvre sur « Les semblants bleus de la nuit », où la nuit et ses rumeurs meublent le silence, où les étoiles veillent jusqu’au retour de l’aube. Bercé par la mouvance des heures, le temps navigue entre le silence et les mots ; le regard, comme une ancre qui nous empêche de sombrer.

Écrite en prose, la seconde partie du recueil nous entraîne dans « Les territoires de l’obscur ». Avec l’auteure, nous avançons (nous dérivons ?)  dans l’impalpable, dans l’invisible, à travers les doutes et les incertitudes, entre le rêve et le réel, jusqu’à l’arrivée « au seuil de tous les possibles ». « De tels lieux semblent n’exister que pour nous faire revenir au monde. »

Dans « Chemins d’occasion », la dernière partie du recueil, Fortin se questionne sur notre présence au monde : « Sommes-nous tous condamnés / à faire le voyage / à ne pas disparaître? ». Le périple nous fournit le « matériel de survie » nécessaire lorsque les mots manquent. Étonnamment, c’est dans ce silence que nous pouvons toucher terre, atteindre « Le continent du langage ».

Intime, touchante, la poésie de Catherine Fortin est portée par le vent, la nature, le fleuve et ses humeurs. Voici un recueil tout en douceur, qu’il faut lire et relire :

pour soigner les ravages du doute
nous aurons apporté quelques certitudes
de la chance pour suivre nos rêves

Ève Landry
Québec