Littérature
de jeunesse : regards croisés
par
Monique Noël-Gaudreault et Évelyne
Tran
Disons-le dentrée de jeu : multiple
dans ses formes (roman, bande dessinée, presse enfantine) et
multiple par ses destinataires (de la première enfance à
ladolescence), la littérature de jeunesse ne nous intéresse
ici ni comme marchandise ni comme industrie culturelle ou de loisirs
(Jan, 1988).
Dans son no 103, léquipe littéraire de Québec
français a déjà traité des valeurs
dans la littérature pour la jeunesse. Parmi dautres spécialistes,
Daniel Chouinard y abordait la double dimension, sociologique et littéraire,
des recherches sur la littérature de jeunesse. Dune part,
la littérature de jeunesse serait le reflet dune réalité
socioculturelle ; dautre part, elle apparaîtrait comme
un agent de transformation sociale quil convient de sortir du
ghetto dillégitimité où linstitution
littéraire a voulu lenfermer.
Dans le présent numéro, en tant quéquipe
pédagogique, nous nous préoccupons davantage de limpact
de la littérature de jeunesse sur la formation des jeunes mis
en contact avec elle. À ce sujet, les chercheurs saccordent
pour dire que la littérature de jeunesse aide à comprendre
le monde (Escarpit, 1993), à découvrir puis à
transgresser les stéréotypes (Poslaniec, 1993), à
expérimenter « beauté, étonnement
et humour » (Ottewaere, 1997).
En ce qui nous concerne, sans négliger laspect psychologique,
nous souhaitons aborder, cette fois-ci, les relations entre littérature
de jeunesse, langue et culture.
Pour Claude Simard (1997), la littérature [en général]
« place les apprenants dans un rapport libérateur
à légard du langage et leur permet de faire lexpérience
de la créativité verbale, aussi bien du côté
de la réception que de la production » (p. 201).
Cest ce que nous avons voulu illustrer dans ce dossier où
figurent des témoignages de lecteurs, de libraires, de bibliothécaires,
des articles de didacticiens et denseignants ainsi quune
liste des meilleures ventes en librairie.
Dans ce dossier, vous trouverez un texte de Flore Gervais sur les
multiples façons de découvrir les intérêts
des élèves en lecture, un texte de Jan Munk qui voit
dans la littérature de jeunesse une solution possible au désintérêt
des élèves franco-ontariens pour le français,
un texte de Caroline Montreuil sur les avantages et limites du journal
dialogué, un texte de Godelieve De Koninck sur le phénomène
Harry Potter, un texte de Sylvie Blanchet sur les livres pour bébés,
une entrevue dun libraire et celle dune bibliothécaire,
toutes les deux réalisées par Évelyne Tran, un
texte de Suzanne Pouliot sur les mythes, sans oublier un cahier pratique
sur Notre-Dame de Paris avec Astrid Berrier.
Vous souhaitez que vos élèves développent de
véritables habitudes de lecture ? Pour cela, il vous faut bien
connaître leurs goûts. Dans son article intitulé
« Comment découvrir les intérêts de
nos élèves pour la lecture ? », Flore
Gervais propose une variété dactivités
au cours desquelles les élèves sont invités à
exprimer leurs intérêts concernant les livres lus. Les
commentaires des élèves sont utiles au personnel enseignant
parce quils fournissent des pistes en vue de lachat des
livres qui constitueront la bibliothèque scolaire ou le coin
de lecture. De plus, ces activités sont directement intéressantes
pour les élèves parce quelles obligent ces derniers
à porter une réflexion sur leurs goûts comme lecteurs.
Enseignant en milieu minoritaire, Jan Munk utilise la littérature
de jeunesse pour aider ses élèves à communiquer
en français. Selon lui, les jeunes sy reconnaissent,
développent leurs compétences langagières et
accèdent à une culture francophone.
Dans son article, Caroline Montreuil décrit brièvement
les caractéristiques du journal dialogué (définition,
contenu, aspect matériel
) puis examine ses avantages
et ses limites pour lenseignant, aussi bien que pour lélève.
Il semble quanalyse réflexive et communication interactive
lemportent de très loin sur les ajustements nécessaires
aux modes de gestion de la classe.
Signé par Godelieve De Koninck, larticle « Le
phénomène Harry Potter » réunit le
point de vue de deux lectrices adultes : Jacqueline Kerguéno,
éditrice, et Godelieve De Koninck, pédagogue. Cet article
incite les adultes à plonger dans un univers magique séduisant
pour les jeunes de tous les âges.
Il nest jamais trop tôt pour aimer les livres ! Dans un
article intitulé « Touptilitou : pour
aimer les livres avant de savoir lire », Sylvie R. Blanchet,
responsable du programme Touptilitou à Communication-jeunesse,
présente les fondements sur lesquels repose cet éveil
à la lecture et à lécrit, destiné
aux enfants de 0 à 5 ans. De plus, des ressources intéressantes
sont mentionnées : entre autres, un programme de formation,
une sélection de livres québécois et étrangers
ainsi que des fiches danimation du livre.
Dans une entrevue faite par Évelyne Tran, Esther Marceau, de
la bibliothèque de Sillery, décrit un projet de lecture
présenté chaque année, au moment des vacances.
« Un bel été pour les crock-livres »
est destiné aux jeunes de 6 à 13 ans.
Puisquil est question de livres, il ne faudrait surtout pas
oublier le libraire. Vous ferez la connaissance de Christian Laliberté
dans « Un libraire passionné, passionnant ».
Vous y découvrirez, au fil de lentretien quil accorde
à Évelyne Tran, le rôle important joué
par ce libraire grâce à sa passion pour les livres de
littérature de jeunesse, aux choix éclectiques et aux
conseils éclairés quil offre à ses clients.
Enfin, Suzanne Pouliot, à travers deux romans jeunesse, illustre
la place que prennent les mythes dans la littérature de jeunesse.
Les mythes dUlysse et dOrphée relient les enfants
à la culture indo-européenne.
Nous vous souhaitons bonne lecture !