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Il va y avoir du sport !

« Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade
courent tous, mais qu’un seul remporte le prix ?
Courez de manière à le remporter. »

(Première épître de Paul aux Corinthiens, 9 : 24)

Depuis les douze travaux d’Hercule relatés par Homère, la littérature a consacré au sport une place de choix. Pour Serge Laget, auteur de l’ouvrage simplement intitulé Sport et littérature, il ne fait pas de doute que « le sport [est] assurément ce nouveau langage vivant et imagé dont [Paul Valéry] déplorait l’absence1 » quand son personnage, monsieur Teste, affirmait que notre époque n’a pas son langage. L’équipe littéraire de Québec français a souhaité, dans ce numéro, revisiter ce tandem populaire – je dis revisiter parce qu’un numéro consacré à ce thème a déjà paru en 1999 (no 114). C’est qu’il y a tant à dire sur le sport, qui dit tant lui-même...

Georges Desmeules ouvre ce dossier en traitant de trois romans de Philip Roth, lesquels mettent en évidence l’impérialisme américain mais aussi la judaïcité dans le sport professionnel. Desmeules, auteur du Projet Syracuse, est un passionné de baseball qui trouve en Roth une espèce de compagnon de sortie !

Étudiante à la maîtrise à l’Université Laval, Maude Mainguy brosse un tableau efficace de la présence du sport dans plusieurs des œuvres de Jacques Poulin. Comme dans la vie réelle, le sport, chez Poulin, rassemble... et divise.

Fervent lecteur (et admirateur) du chroniqueur sportif Jean Dion, David Gagnon nous soumet un article dans lequel il est question de l’art du commentaire sportif, particulièrement du commentaire humoristique. Attention : le mimétisme croît avec l’usage, comme en témoignent les nombreux clins d’œil que Gagnon fait aux expressions fétiches du journaliste à la langue bien pendue... et si inventive.

À mes yeux (Steve Laflamme), ce dossier constitue une occasion en or de mettre à profit les connaissances que j’ai acquises (et les observations que j’ai faites) en tant qu’amateur de lutte professionnelle (eh oui...) au cours des 30 dernières années ou à peu près. Mon article vise à montrer que, si ses liens avec le théâtre sont manifestes, la lutte n’est pas si éloignée de la littérature en général.

Spécialiste de littérature jeunesse, Marie Fradette fait ici un portrait de la place qu’occupe le sport dans l’univers québécois de la littérature destinée aux jeunes. Comme elle l’avait fait dans notre numéro 155 (« Littérature et sexualité »), Fradette dresse une liste impressionnante d’œuvres qui attireront l’œil du lecteur – jeune ou adulte.

Enfin, notre collègue Isabelle L’Italien-Savard quitte sa zone de confort pour traiter d’un sujet fort original : comment le hockey peut-il contribuer, d’un point de vue pédagogique, à enseigner l’analyse littéraire dans les cours de littérature au cégep ? Cet article merveilleusement bien tourné offre des pistes qui non seulement font sourire et rivalisent d’ingéniosité... mais il est un témoignage d’une expérience pédagogique qui fonctionne !

Si au XVIIe siècle l’écrivain Saint-Èvremont a aperçu un de ses amis jouer à la longue-paume muni d’une raquette au battoir taillé dans un parchemin sur lequel on trouvait des fragments des Décades de Tite-Live, nous espérons que le lecteur sportif appréciera ce numéro au point de s’y abreuver entre deux manches de tennis ; ou encore qu’il le roule et y fasse honneur en l’employant comme batte de baseball ; ou enfin qu’il convainque le golfeur féru de Tiger Woods de s’y perdre plutôt que dans la luxure (la littérature coûte moins cher...) ! Bon match !

Steve Laflamme

Serge Laget, « Le sport en toutes lettres », dans Sport et littérature, Paris, Adpf Publications, 1998, 184 p. [L’extrait provient de l’introduction publiée en ligne et consultée le 12 mars 2010.]